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Brexit : Quelles conséquences pour la pêche?

En optant pour une sortie de l'Union européenne, le Royaume-Uni remet en cause toutes les règles du jeu. Un cauchemar pour les pêcheurs bretons très présents dans les eaux britanniques. Pour l'instant, aucun scénario ne semble émerger de l'autre côté de la Manche. Mais les pêcheurs, les transformateurs et les distributeurs se mettent déjà en ordre de bataille.

Face à la prochaine « renationalisation » des eaux du Royaume-Uni, l'inquiétude est générale. « Les pêcheurs bretons réalisent plus de la moitié de leurs activités dans la ZEE (Zone économique exclusive) du Royaume-Uni », rappelle Julien Lamothe, de l'Organisation professionnelle Pêcheurs de Bretagne (750 navires). « Plus de 130 chalutiers hauturiers y ciblent surtout la baudroie, le cabillaud, le merlan, l'églefin et la langoustine. Pas moins d'un tiers de la valeur débarquée dans les criées bretonnes du Guilvinec, Roscoff, Erquy, Lorient et Saint-Guénolé ! ».

70 % de l'activité des navires de la Scapêche

À la Scapêche (Les Mousquetaires), Jean-Pierre Le Visage quantifie à « 70 % du volume annuel de 16.000 tonnes, la pêche effectuée dans la Zone économique exclusive du Royaume Uni ». Afin de limiter les allers-retours de ses navires les plus lointains, l'armement lorientais débarque une bonne partie du poisson dans sa base avancée de Lochinver, puis l'achemine sur le continent par camion. « Les Écossais ne disent rien pour l'instant », constate Jean-Pierre Le Visage. Rien sur d'éventuelles taxes d'accès au port ou sur la circulation des marchandises... Mais il ne faut pas oublier que leurs pêcheurs écossais, contrairement à leurs élus, étaient très favorables au Brexit.

Le renouvellement des flottilles menacé

Les plus gros bateaux ne sont pas les seuls concernés. Les caseyeurs de la région de Roscoff rappellent que « les tourteaux se pêchent chaque été entre la ligne médiane de la Manche et les douze milles, dans les eaux juridiquement anglaises » et que cette tolérance conditionne leur survie déjà menacée par « le dumping social sur les bateaux anglais ».

En revanche, si les Britanniques n'ont pas hésité à venir récemment faire une razzia sur la SaintJacques en baie de Seine, ils ne menacent pas directement la coquille bretonne, faute d'accord de pêche, à l'ouest de Saint-Malo.

Aucun scénario n'a été encore formulé par le Royaume-Uni. En Bretagne, personne ne veut imaginer le pire. Car c'est toute une filière qui serait détruite. En attendant, le plan de renouvellement de la flottille a été gelé à la Scapêche. Ailleurs, les OP (Organisations de producteurs), comme la Cobrenord (180 navires dont douze hauturiers), incitent cependant les pêcheurs à aller de l'avant.

Se préparer pour défendre les quotas

Au-delà de la remise en cause du périmètre des zones de pêche, c'est sur les quotas de pêche que les palabres seront difficiles. Les pêcheurs britanniques ne cachent pas leur intention de se servir largement dans la ressource halieutique. Pourtant peu friand des produits de la mer, le Royaume-Uni est un grand exportateur (70 %).

La France étant son meilleur client (40 %, 507 millions d'euros), elle pourrait en jouer dans les négociations en menaçant d'instaurer des taxes à l'importation.

Mais c'est l'Europe qui sera à la table des négociations. Comme d'autres pays, l'Irlande, l'Allemagne et les Pays-Bas sont aussi affectés par le Brexit en mer, on imagine la multitude d'intérêts qui seront à défendre.

D'autant que tous les secteurs économiques, dont l'agriculture, sont concernés par le Brexit. « Il ne faudrait pas que la pêche devienne une simple variable d'ajustement », s'inquiète Jacques Doudet, du comité régional des pêches. Bien décidés à se défendre, les Bretons ont commencé à faire remonter leurs revendications vers la Région et l'État.



Un article de la rédaction du Télégramme