Science et Environnement

Actualité

Ces cachalots échoués qui attirent les braconniers d’ivoire

Alors que la communauté internationale se mobilise pour faire cesser le commerce d’ivoire provoquant des massacres dans les populations menacées d'éléphants et de rhinocéros, les braconniers ont trouvé une nouvelle source d’approvisionnement assez inattendue. Il s’agit de dépouiller les cachalots échoués de leur dentition, faite de cette matière précieuse. C’est ce qui s’est passé avec un imposant cétacé de 14 mètres et d’une quinzaine de tonnes découvert le 25 novembre dans la réserve naturelle de l’estuaire de la Seine, où il s'est échoué à la faveur des courants et de la marée. Retrouvé mort au bord du fleuve, l’animal a fait l’objet d’un pillage de sa dentition avant d’avoir été enlevé. « Des voleurs ont arraché ou coupé les dents d’ivoire. De tels actes de braconnage et de profanation se multiplient en Europe, en Islande et au Canada. Chaque cachalot porte sur sa mâchoire inférieure 20 à 25 dents coniques. Certaines pèsent un kilo », souligne l’association Robin des Bois, selon laquelle un kilogramme d’ivoire se négocie entre 2000 et 5000 euros sur le marché noir. La bouche d’un cachalot recèle donc un alléchant butin pour les braconniers. Et cela continue d’alimenter le trafic de l’ivoire.

 

(© MAISON DE L'ESTUAIRE)

 

Alors que le traitement des baleines et cachalots échoués nécessite une importante logistique, avec généralement une découpe des cadavres avant leur transport chez les équarisseurs, Robin des Bois réclame depuis plusieurs années que les carcasses des mammifères marins soient « dans toute la mesure du possible remorquées et immergées. Des recherches scientifiques menées dans le monde entier révèlent qu’elles constituent de véritables oasis biologiques pendant des dizaines d’années et qu’elles contribuent ainsi à l’enrichissement des écosystèmes marins ».

 

 

Depuis le début de l’année, pas moins de 33 cachalots se sont échoués sur les côtes nord-européennes, les principales causes de mortalité non naturelle avancées étant le chaos acoustique, les collisions avec des navires et l’ingestion de déchets de plastique. « Les eaux de la Manche et de la mer du Nord deviennent des milieux hostiles pour les cétacés », s’inquiète Robin des Bois, qui pointe du doigt le développement de l’activité en mer : « Les bruits sous-marins proviennent des activités de dragage, de la motorisation des navires, des recherches sismiques, des sonars militaires et des activités industrielles offshore. Les parcs éoliens sont une source de désorientation supplémentaire pour les cachalots, les baleines, les orques et les dauphins. L’autopsie des cachalots échoués sur le rivage révèle souvent des ingestions d’amas de plastique et de cordes ».

Port du Havre