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IUEM : une nouvelle étude sur les dangers menaçant les récifs coralliens

Avec la hausse du niveau de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique, très peu de récifs coralliens seront épargnés par les effets de l’acidification des océans ou de l’élévation de température de la surface de la mer. Les humains qui dépendent le plus des récifs feront face aux menaces les plus immédiates et sévères. Une nouvelle étude parue dans la revue PLOS One et menée par Duke University et l’Université de Bretagne Occidentale suggère que, d’ici 2050, le Mexique occidental, la Micronésie, l’Indonésie, certaines parties de l’Australie et de l’Asie du Sud-Est feront les frais de la hausse des températures. Plus précisément, le blanchiment des récifs coralliens et leur disparition auront des conséquences néfastes sur les habitats de nombreuses espèces de poissons ainsi que sur la protection du littoral, compromettant donc non seulement la prospérité économique des populations qui dépendent des récifs pour le tourisme et la pêche mais aussi de nombreuses vies en cas de tempêtes ou d’orages.

TOUS LES RECIFS CORALLIENS SERONT AFFECTÉS, AVEC DES RÉPERCUSSIONS SUR LA PÊCHE ET LA PROTECTION DU LITTORAL

« Certains scientifiques ont émis l’espoir qu’il y aurait des zones récifales qui pourraient échapper aux dommages liés au changement climatique, mais nous constatons que la plupart des récifs seront touchés en fait par des mers plus chaudes ou des océans plus acides », a déclaré Linwood Pendleton, auteur principal de l’étude et Chaire internationale à l’Institut Universitaire Européen de la Mer. « 2016 a été l’une des pires années pour le blanchiment des coraux. Cette année, l’épisode de blanchiment a par exemple touché presque l’ensemble de la Grande Barrière de Corail. » L’étude s’appuie sur des analyses précédentes afin d’identifier précisément la façon dont les populations et les récifs coralliens seront touchés par un avenir à haut CO2 puis propose des voies pour aider à faire face aux changements. Les auteurs ont cartographié la dépendance de l’homme par rapport aux récifs coralliens à l’échelle des pays, en utilisant deux indicateurs : la protection du littoral et la pêche au niveau des récifs coralliens. Les auteurs ont parallèlement cartographié les impacts, en grande partie inévitables, de l’augmentation de la température de la surface de la mer et de l’acidification des océans.

L’OCÉANIE ET L’ASIE DU SUD-EST SERAIENT PARTICULIÈREMENT EXPOSÉES

En utilisant les données de ces cartes, l’étude projette que les pays d’Océanie seront parmi les premiers à faire face aux plus grands stress environnementaux causés liés au changement climatique et à l’acidification des océans. Les pays du Triangle de corail, de l’Asie du Sud-Est et d’autres parties de l’Australie suivent ensuite – tous ces endroits ayant une forte dépendance à l’égard des récifs coralliens. Les pays les plus susceptibles d’être victimes d’une grave acidification des océans sont généralement différents de ceux qui connaîtront un début du blanchiment des coraux rapide dans le temps. L’acidification devrait ainsi être plus importante pour la Basse-Californie (Mexique), le Japon, la Chine et le sud de l’Australie, principalement parce qu’ils sont localisés aux limites latitudinales supérieures et inférieures de la distribution des récifs coralliens, et donc généralement dans les eaux plus froides qui transportent naturellement plus de CO2.

LE RÔLE DE LA SOCIÉTÉ CIVILE SERA DÉCISIF

« La réponse des organisations non gouvernementales, des associations à but lucratif et des organisations syndicales et commerciales, sera essentielle pour répondre aux menaces posées par le réchauffement et l’acidification parce que ces organisations représentent les personnes qui seront les plus gravement touchées par la disparition des pêcheries de récifs coralliens », a déclaré Chris Langdon, professeur au Département de biologie marine et de la pêche à l’Université de Miami. « Ces groupes doivent prendre la parole au nom des personnes qu’ils représentent afin que leurs collectivités locales, régionales et leurs gouvernements, voient qu’il est nécessaire d’agir. »

AMÉLIORER L’ACQUISITION DE DONNÉES SCIENTIFIQUES POUR UNE PRISE DE DÉCISIONS PLUS ÉCLAIRÉE

Selon les auteurs, l’action des pouvoirs publics pour lutter contre les menaces d’acidification des océans et l’élévation de la température de surface doit être éclairée par la science et les données scientifiques. Malheureusement, la communauté scientifique ne recueille que très peu d’informations là où les menaces sont les plus importantes pour les populations. Bon nombre des pays qui dépendent le plus des récifs coralliens sont également ceux pour lesquels nous ne disposons pas de données robustes sur l’acidification des océans. La mer de Chine méridionale, une zone de forte dépendance humaine et de tensions politiques élevées, est un exemple flagrant. « Étant donné que la température de la mer et l’acidification des océans échappent largement au contrôle des communautés qui dépendent des récifs coralliens, il est essentiel que nous surveillions constamment les conditions qui y règnent », a déclaré Adrien Comte, Doctorant à l’Université de Bretagne Occidentale. « Une meilleure gestion de l’environnement peut aider à retarder les impacts sur les coraux et des mesures par étape pour améliorer le suivi et planifier l’adaptation devraient être financées ».

 

Communiqué de l'IUEM, Université de Bretagne Occidentale, 15/11/2016