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Le code polaire va entrer en vigueur

Le code polaire va entrer en vigueur dans un mois, le 1er janvier 2017. Adopté en novembre 2014 par le comité de la sécurité maritime de l’OMI, la résolution MSC 365(94) va modifier plusieurs conventions internationales, et donc autant de règles applicables aux marins et aux navires, pour encadrer les conditions de navigation dans les hautes latitudes. Pour mémoire, le futur code polaire va s’appliquer pour toutes les eaux au sud de la latitude 60°S et toutes celles au nord de la latitude 60°N, avec quelques exceptions en Islande, Scandinavie Nord et Russie.

« Ce texte n’est cependant pas le premier qui pose les principes de règles différenciées en matière de navigation polaire. Mais avec l’importante croissance des paquebots et autres navires d’expédition, ainsi que l’augmentation de trafic commercial par les voies arctiques, l’OMI a sans doute voulu davantage codifier et assurer le même niveau de protection des hommes, de l’environnement et des navires que dans n’importe quelle autre zone maritime », explique Steven Sawhill, consultant spécialisé sur ces questions chez DNV-GL, rencontré cet automne à Ålesund, en Norvège.

 

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

« Il est important de rappeler par exemple que l’usage du fuel lourd de propulsion est interdit dans les eaux antarctiques depuis le 1er août 2011. De même, le débarquement de personnes en Antarctique est limité aux navires de moins de 500 passagers ». Avec même une présence simultanée sur un même site limitée à seulement 100 personnes. A l’heure où la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique (CCAMLR) a décidé, le 28 octobre dernier, de créer la plus grande aire marine protégée du monde en mer de Ross, il apparait évident que la législation internationale maritime devait se mettre à niveau. « Surtout quand on regarde les chiffres actuels du tourisme dans ces zones  (en 2015 38.000 passagers croisière en Antarctique, 22.400 au Groenland et 65.000 au Spitzberg) et les très nombreux projets de navires d’exploration en construction », rappelle Steven Sawhill.

 

(© HAPAG-LLOYD CRUISES)

 

« La navigation dans ces eaux comporte des risques spécifiques : la glace, bien sûr, mais aussi les vents et températures qui provoquent des embruns givrants sur les superstructures des navires menaçant la stabilité, le gel qui peut attaquer les réseaux de plomberie ou nuire à l’utilisation des équipements », poursuit le spécialiste. La navigation en haute latitude comporte aussi de nombreux aléas en termes de communications, en raison notamment de la très mauvaise couverture satellite - ou de fonctionnement des instruments de navigation perturbés par la proximité des pôles magnétiques. « Et puis il y a l’éloignement. Les structures terrestres les plus proches sont souvent à plusieurs jours de mer et mal équipées en matière d’envoi de moyens d’assistance et de sauvetage ou pour gérer une pollution dans ces environnements très sensibles ».

 

(©  USCG)

 

Le code polaire de l’OMI ne répond pas exhaustivement à toutes ces préoccupations. Mais il pose les bases d’un encadrement spécifique. D’abord en termes de design et de construction, avec l’établissement d’une typologie des navires : la première catégorie (A) pour les normes des navires autorisés à naviguer dans de la glace d’un an, (B) pour ceux pouvant croiser de la glace d’un an très fine et (C) pour des conditions de glace moins sévère. Ces normes encadrent le choix des matériaux de construction, le calcul de charge sur les structures ainsi que les réserves de stabilité spécifiques aux conditions givrantes.

 

 

Au niveau des équipements, le code prévoit en particulier l’installation de fenêtres sur le pont, de canots de sauvetage fermés, de moyens adaptés de lutte contre les incendies ainsi que des outils spécifiquement destinés à dégager la glace, électriques, pneumatiques ou plus traditionnels comme des haches ou des massues en bois. Un chapitre spécifique est consacré aux équipements de protection individuelle : toutes les personnes à bord doivent disposer d’un habillement thermiquement adapté et, pour les bateaux à passagers, il doit y avoir des combinaisons d’immersion et une protection thermique pour tout le monde. La passerelle doit disposer de toute la documentation spécifique ainsi que du certificat polaire et du manuel opérationnel polaire du bateau.

Qualifications des marins

Le Code Polaire prévoit aussi des amendements de la convention SOLAS sur la question des qualifications demandées aux navigants. Une nouvelle règlementation  V/4 sur les standards minimum de formations et qualifications des commandants et officiers de pont naviguant en zone polaire devrait entrer en vigueur le 1er juillet 2018. La formation basique concernera les commandants, seconds et officiers de quart et sera sanctionnée par un certificat (CoP). La formation avancée sera réservée aux commandants et seconds. Elle sera accessible après deux mois de navigation dans les glaces. Ces certificats seront renouvelables tous les 5 ans. Les exigences de certificat varieront en fonction des zones de glace et du type de navire (voir tableau). La transition vers la certification de l’ensemble des navigants concernés durera jusqu’au 1er juillet 2020.

 

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