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L’Europe peine à maintenir sa puissance navale

Les rivalités régionales comme la nécessité de surveiller et protéger les espaces maritimes pour des raisons économiques et territoriales poussent de nombreux pays à développer leurs marines. Non seulement avec des bâtiments de souveraineté, mais aussi au travers d’unités conçues pour les combats de haute intensité. La montée en puissance des forces navales est très nette de la zone Asie-Pacifique au Moyen-Orient, avec en particulier l’impressionnante croissance des marines chinoise et indienne. Cette tendance à la hausse s'observe aussi en Amérique latine et même en Afrique comme au Moyen-Orient, sans oublier bien entendu le retour sur la scène internationale de la flotte russe. Quant à l’US Navy, elle veille à conserver sa suprématie en renouvelant méthodiquement ses moyens dans tous les grands compartiments capacitaires (porte-avions, sous-marins, destroyers, projection, aéronautique navale) et en poursuivant des programmes de recherche et développement innovants.

Face à ce « réarmement naval » mondial, l’Europe reste en marge. La faute probablement à une opinion publique peu sensible aux enjeux maritimes et habituée depuis de longues décennies à vivre en paix : le danger lui semble loin, diffus. Une impression de sécurité que quelques crises, comme l’ex-Yougoslavie dans les années 1990 et plus récemment l’Ukraine, sont brièvement venues troubler, pour être aussi vite oubliées.

 

(© : ARMADA)

La coopération se renforce mais a ses limites

L’émergence de nouvelles menaces et une instabilité planétaire croissante, soit autant de périls pour une société basée sur la mondialisation des échanges, devraient pousser l’Europe à renforcer sa défense, et notamment sa capacité à intervenir au loin et de manière autonome, ce qui caractérise précisément la puissance navale. Il est vrai que la coopération ne cesse de se développer, en particulier sur le plan opérationnel, avec des initiatives bilatérales, comme la constitution d’un corps expéditionnaire conjoint franco-britannique ainsi que de remarquables missions sous bannière européennes, à l’image d’Atalante et de Sophia. Quelques frémissements encourageants sont aussi à souligner en matière de missions de combat : lors de ses derniers déploiements contre le groupe terroriste Daech en Syrie et en Irak, le Charles de Gaulle, un des rares vecteurs de puissance de l’UE, était par exemple escorté de frégates britannique, allemande et belge. Le travail en commun est donc en train de se renforcer, et il s'inscrit aussi dans le cadre de l'OTAN. Toutefois, en l'absence d'un exécutif supranational au sein de l'Union Européenne, la question des interventions militaires reste évidemment soumise aux dissensions et divergences de vues entre Etats. Ce sont, aujourd'hui, les limites de la défense européenne.  

 

(© : MARINE NATIONALE)

Un outil aux capacités déséquilibrées

Se pose en outre la question des moyens, au demeurant bien plus problématique que la volonté de collaborer. Car à l’heure des choix, les gouvernements, confrontés à la récurrence des difficultés financières et à des populations peu sensibles à la chose militaire, optent pour d’autres priorités budgétaires. Ironie de l'histoire, si l'on additionne les ressources consacrées par chaque pays européen à sa défense, on obtient au final l'un des budgets les plus élevés au monde. Mais, faute d'un outil commun comme de programmes en coopération souvent trop complexes du fait en particulier de nombreuses déclinaisons, l'efficacité de cette sommes d'efforts nationaux est réduite. Il en résulte un ensemble plus ou moins disparate, qui manque de cohérence et présente des capacités déséquilibrées. 

Une industrie éclatée

Ce constat est particulièrement vrai dans le secteur naval, pour lequel l'Europe souffre d'un manque flagrant de consolidation de son industrie, les différents acteurs se livrant une farouche concurrence sur le marché international et intra-européen, certains étant maintenus à grands frais par les pouvoirs publics nationaux. Contrairement à d’autres secteurs, comme l’aéronautique, on ne peut déplorer que le très faible nombre de programmes communs, la coopération demeurant politiquement et industriellement très complexe dans le domaine naval. Au final, chaque marine ne peut s'offrir que de petites classes de bâtiments et ne parvient que rarement à bénéficier de vrais effets de série en mutualisant les coûts avec d'autres.  

La décrue des formats se stabilise

Au final, à quelques exceptions près, les flottes européennes parviennent tout juste à conserver leur format et moderniser leurs équipements. Globalement, leur tonnage est toujours orienté à la baisse. Toutefois, la courbe semble vouloir s’aplanir pour plusieurs raisons. D’abord, certaines forces navales ont atteint leur limite basse, sous laquelle elles ne seraient plus capables de remplir les contrats opérationnels qui leur sont fixés. D’autres, face à l’émergence ou la réapparition de menaces, ont décidé de stopper les réductions de format, voire de renforcer leurs moyens. Et il y a les pays qui mènent une politique volontariste de soutien de leur industrie nationale, conduisant à des commandes significatives. Mais il est clair que l’Europe est très loin de disposer de la puissance navale correspondant à son poids économique et politique.

L'Etat des lieux des flottes en Europe

- Voir notre article sur la Royal Navy

- Voir notre article sur la Marine nationale

- Voir notre article sur la marine italienne

- Voir notre article sur la marine espagnole

- Voir notre article sur les autres marines d'Europe du sud

- Voir notre article sur les marines d'Europe du nord

- Voir notre article sur la marine allemande

- Voir notre article sur les marines néerlandaise et belge