Croisières et Voyages

Reportage

Norwegian Epic : Cure de jouvence réussie

Depuis sa mise en service en 2010, il est le navire amiral de Norwegian Cruise Line en Europe. Assurément spectaculaire, incontestablement l’un des paquebots les plus originaux à sillonner les océans, le Norwegian Epic s’est offert l’automne dernier une cure de jouvence aux chantiers Damen de Brest. Après avoir achevé sa première saison hivernale en Europe, il s'est attaqué à son itinéraire estival classique en Méditerranée occidentale. Six ans après sa mise en service et le reportage que nous vous avions proposé suite à son arrivée aux Etats-Unis, Mer et Marine est retourné à bord pour se livrer au jeu des comparaisons et découvrir si le géant de NCL avait finalement conservé toute cette âme qui en fait un navire si étonnant.

Forgé aux chantiers STX France de Saint-Nazaire, le Norwegian Epic est un bateau unique en son genre à plus d’un titre. Issu du projet « Freestyle 3 », il était initialement prévu comme le prototype d'une série de trois navires, il est au final un des rares paquebots modernes à n'avoir eu aucun sistership et à ne ressembler à aucune autre unité en service puisque NCL a préféré développer la nouvelle classe Breakaway à partir de 2012.

Doté d'un nombre impressionnant de restaurants et de bars, ainsi que de cabines au design inédit sur un paquebot, le Norwegian Epic impressionne aussi par sa taille. Long de 329.45 mètres pour une largeur de 40.64 mètres, il affiche une jauge de 155.873 tonneaux, ce qui le classe toujours parmi les 10 plus gros paquebots du monde. Le nombre de cabines, particulièrement impressionnant, est de 2114, pour une capacité maximale de 5186 passagers, auxquels s'ajoutent les quelques 1730 membres d'équipage.

 

Le Norwegian Epic au printemps 2016 (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Une remise à niveau nécessaire

L’année 2015 a vu le Norwegian Epic célébrer ses 5 ans de service. Et comme pour tous les navires, cet anniversaire impose un passage en cale sèche afin de procéder à de nombreuses inspections techniques et repeindre les œuvres vives, durement éprouvées par des années d’exploitation, la plupart du temps dans des eaux chaudes propices au développement d’organismes marins sur la carène.

Mais si la peinture de la coque du Norwegian Epic avait souffert (photos mai 2015), de nombreux aménagements intérieurs avaient eux-aussi dû résister au passage de milliers de touristes et ce 365 jours par an. Une réfection de taille s’imposait donc et c’est le chantier brestois Damen qui a vu arriver dans ses formes de radoub le mastodonte américain, pris d‘assaut par une armée de près de 3500 ouvriers bien décidés à lui refaire une beauté.

Sur le plan technique, le paquebot a évidemment bénéficié de tous les contrôles et opérations de maintenance nécessaires et souvent obligatoires : maintenance de la propulsion, des canots et engins de sauvetage, des stabilisateurs et des propulseurs, amélioration du système incendie, remise à plat du traitement des eaux usées, modernisation du système de production d’eau douce, remplacement d'un générateur diesel, etc… Le navire a pu repartir avec une journée d'avance, démontrant l'efficacité du chantier breton qui avait là l'occasion de prouver son savoir-faire à grande échelle.

L’occasion aussi pour les personnels de continuer et d’approfondir leurs formations sécurité, délivrées régulièrement comme à bord de tous les grands paquebots.

 

 

Intérieurement, le challenge consistait à moderniser l’ensemble des aménagements, à adapter davantage certains espaces aux attentes de la clientèle, à rafraîchir une décoration qui séduisait déjà les passagers tout en gardant l’esprit initialement donné à un navire à la décoration singulière, tranchant avec bon nombre de paquebots de la concurrence.

Ainsi, si la plupart des aménagements intérieurs ont été modernisés tout en conservant leur décoration d’origine, certains espaces ont été entièrement transformés, à l’image de l’ancien Fat Cats, désormais devenu The Cavern Club, un bar inspiré du légendaire cabaret éponyme de Liverpool où les Beatles ont vu leur popularité décoller. Chapeaux melons en guise d’appliques, mobilier vintage, l’ambiance générale évoque l’univers des sixties dans une atmosphère so british. Presque chaque soir, un groupe fait revivre les anciennes idoles des jeunes anglaises. Ambiance nostalgie assurée.

 

Le Cavern Club (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Le Cavern Club (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

La compagnie a d’ailleurs profité de ce cap des 5 ans pour changer tous ses spectacles et ses animations musicales. Le show des Blue Man Group, qui retournaient la salle quasiment chaque soir depuis 2010, a laissé la place à la comédie musicale « Priscilla, folle du désert ». Comme à son habitude, NCL nous a habitué à certains spectacles très originaux et son nouveau spectacle phare était attendu de pied ferme par les habitués de l’Epic et aficionados des hommes en bleu. Force est de constater que le challenge est relevé haut la main par une équipe formidable d’acteurs et chanteurs qui donne une représentation de très grande qualité, décalée, transgressive. Cette comédie musicale culte mais osée plonge des spectateurs parfois un peu gênés au départ dans des éclats de rires difficiles à atténuer durant près d’1h45. Près de 500 costumes, 200 perruques et des tubes comme "Girls just wanna have fun" ou "It's raining men"... Il fallait oser, face à un public qui n’a pas fait le choix d’acheter un ticket pour ce show de Broadway, et cela se révèle être un pari assurément payant.

Le second grand spectacle du Norwegian Epic, « Burn the floor », a pris la relève des sosies de « Legend in Concert » qui occupaient la scène depuis l’inauguration du paquebot. Là encore, la qualité est au rendez-vous avec une belle équipe de danseurs professionnels de haut niveau qui font vibrer des décors impressionnants, le tout pour une mise en scène époustouflante. Inconditionnels de la danse ou béotiens de la chorégraphie ne peuvent qu’apprécier en restant bouche bée.

La salle de spectacle en elle-même, l'Epic Theater, a quant à elle été remise à neuf mais à l'identique.

 

Le spectacle Priscilla, folle du désert à bord de l'Epic (© NCL)

 

 

Le Headliners Comedy Club, 280 places, reçoit chaque soir des duels de pianistes acharnés ou des humoristes qui se relaient durant la saison.

 

Le Headliners Comedy Club (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Seul le restaurant spectacle Cirque Dream, présenté sous un chapiteau, a conservé plus ou moins son show qui évolue de toute façon de manière permanente tout au long de l’année.

 

Le restaurant spectacle Cirque Dream (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

La restauration à l'honneur

Côté restauration, le restaurant italien La Cucina a bénéficié d’une importante remise à niveau. Ce bel espace situé juste au dessus de la passerelle offre une superbe vue panoramique et surplombe la proue. Intégrant le buffet du Garden Cafe lors du petit-déjeuner et du déjeuner (bon à savoir car toujours moins fréquenté), il se transforme en élégant restaurant italien le soir venu.

Ceux qui ont connu l’Epic durant ses premières années se rappelleront sans aucun doute les dîners au pied de l’imposant olivier, pièce centrale de la Cucina jusqu’alors. Les tuiles rouges qui l’encadraient donnaient au restaurant des airs de plazza italienne.

Aujourd’hui, l’arbre aux rameaux a laissé la place à une fontaine de marbre brut, trônant au centre d’un agréable patio. Bibliothèques, caves à vins et lustres de cristal habillent désormais ce restaurant apprécié des passagers. Il s’agit sans aucun doute possible de l’une des plus belles transformations effectuées lors de ces derniers travaux.

 

Le restaurant italien La Cucina (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Le restaurant italien La Cucina (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Le Garden Cafe, le buffet-restaurant, a lui aussi largement été modifié. Mobiliers, moquettes, décoration...changement radical pour ce grand buffet prisé des passagers. Les tons rouges ont laissé place à un ensemble très clair, dans les tons blanc et beige, mais qui ne manquent pas d'élégance. Un mobilier de bois peint a quant à lui été préféré à l'ancien mobilier de fer forgé.

 

Le Garden Café (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

L’aboutissement du concept Freestyle : imité, jamais égalé

Depuis le début des années 2000, NCL a développé son concept du Freestyle Cruising, que l'on peut traduire en Français par la croisière en toute liberté. Afin d'attirer une clientèle moins traditionnelle et plus jeune, la compagnie américaine a décidé de jouer la carte de la souplesse. En surfant sur le désir de liberté qui empêchait une catégorie de voyageurs de tenter l’expérience d’une croisière classique, NCL s’est attiré les faveurs de passagers jeunes et moins jeunes souhaitant profiter d’un voyage en mer sans contrainte ni cérémonial.

Ainsi, contrairement à beaucoup de navires, les repas à des horaires et tables imposés n’existent plus. A bord de l’Epic comme dans toute la flotte, les passagers mangent où et quand bon leur semble. L'offre est, d'ailleurs, particulièrement imposante, avec 14 offres de restauration sur le Norwegian Epic. A chacun, ensuite, de choisir là où il souhaite dîner, s’il veut partager sa table un soir avec des amis rencontrés le jour même ou profiter d’un repas en amoureux, soit en se présentant librement dans les grandes salles à manger ou au buffet, soit en réservant dans l'un des nombreux restaurants alternatifs du bord (moyennant des suppléments).

Pour aider aux réservations, des écrans sont disposés à divers endroits du paquebot, avec pour chaque restaurant la disponibilité en temps réel. Cette liberté au niveau des repas se retrouve aussi dans les tenues vestimentaires. A bord des unités de NCL, contrairement aux navires traditionnels, il n'est point obligatoire de revêtir costumes, smokings et autres robes de soirée pour aller dîner. Seuls les deux restaurants principaux imposent quelques petites règles peu contraignantes. Mais globalement, les passagers s'habillent comme ils le souhaitent, ce qui donne une ambiance nettement plus décontractée. Et cela n'empêche pas, d'ailleurs, certaines personnes de sortir habillées le soir. Ainsi, les costumes côtoient sans problème des tenues moins formelles.

Bien que plusieurs compagnies adaptent elles aussi de plus en plus leur offre de restauration pour offrir davantage de souplesse (avec plus ou moins de réussite avouons-le), il est indéniable que la compagnie pionnière en la matière propose un concept abouti grâce à une flotte réellement adaptée.

 

La Manhattan Room Restaurant (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Les deux grands restaurants du paquebot, Manhattan Room et Taste, proposent toujours une cuisine de qualité et moderne sans frais supplémentaire. Comme pour l'ensemble des restaurants, les moquettes ont été changées, le mobilier remis à neuf, la carte renouvelée... 

 

Le Taste Restaurant (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Tout à l'arrière, le Moderno Restaurant permet toujours de découvrir la traditionnelle churrascaria sud-américaine et ses nombreuses viandes grillées, tandis que le Cagney's Steakhouse séduit par sa cuisine moderne et ses fameuses frites à l'huile de truffe. Le tout, bien-sûr, avec une vue imprenabe sur le sillage. Là encore, moquettes, mobiliers, tout a bénéficié de la modernisation. L'entrée de ces deux restaurants a également été transformée 

 

Le Moderno (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Les Français qui veulent garder un pied sur leur terre maternelle pourront trouver au Bistro Restaurant une cuisine française quasi traditionnelle dans un cadre en partie modifié. Mais l'ensemble du restaurant reste à l'image de ce qu'il était dans sa première version.

 

Le Bistro Restaurant (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Une des rénovations majeures de l’Epic reste sans aucun doute le Bliss Ultra Lounge. Cette discothèque très fréquentée à bord a vu son ambiance un peu baroque, ses lits à baldaquin, ses statues équestres grandeur nature et ses cages pour danseurs peu timides remisés dans les souvenirs des night-clubbers des premières années. Une décoration plus sobre et élégante accueille désormais les soirées folles de l’Epic. Les DJ’s sont toujours aussi bons et le Bliss plonge ses visiteurs du soir dans une atmosphère toujours aussi tamisée mais néanmoins tout aussi festive.

 

Le Bliss Ultra Lounge (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Le Bliss Ultra Lounge (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

Le Bliss Ultra Lounge (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Autre espace majeur a avoir vu son atmosphère modifiée, l’Atrium, où se trouvent entre autres la réception et le bureau des excursions, et que jouxtent les galeries photo et d’art. L’ancienne moquette sombre et bariolée a laissé place à une moquette aux tons plus clairs et ornée de motifs géométriques. Si l’ensemble y a perdu en couleurs et en originalité, il y a assurément gagné en élégance.

La galerie photo permet toujours de retrouver ses portraits grâce au logiciel de reconnaissance faciale et à davantage d’écrans.

D'autres espaces publics sont à noter : une nouvelle bibliothèque, une salle de jeux de cartes ainsi que des améliorations dans le casino du navire.

 

Click Photo Gallery (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Galerie d'art près de l'Atrium (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

Du côté des suites, l’ensemble des appartements du Haven a été amplement modernisé. Cependant, trois espaces en particulier ont été largement transformés : le salon Epic Club Lounge et son restaurant, réservés aux suites et desservi entre autres par un ascenseur privé, et le Concierge Club, offrant aux passagers exigeants tous les services qu’ils sont en droit d’attendre. Là encore un peu moins de folie dans la décoration de l'ensemble que ce que proposait la première version mais plus de charme et de finesse. De nouvelles oeuvres d'art ont fait leur apparition dans ce complexe de suites.

 

L'Epic Club Lounge (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Le Concierge Lounge (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Au coeur du Haven se trouve toujours le Courtyard Pool & Spa, beau patio proposant jacuzzis et une piscine pour un usage exclusivement réservé aux occupants des suites. En plus du grand et beau Spa du navire, accessible aux passagers qui en paient l'accès, un Spa dédié aux suites est également ouvert comprenant entre autres sauna, hammam et salle de gym. Après les efforts, le Courtyard Grill propose à ces passagers chouchoutés un cadre aéré, couvert mais ouvert sur l'extérieur sur son côté, loin du buffet plus bruyant.

 

Courtyard Grill (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Courtyard Pool & Spa (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Toujours à l'écart du reste du navire, les passagers des suites Haven trouvent sur le pont 18 le Posh Beach Club, un sundeck idéal pour bronzer ou prendre un cocktail en admirant l'océan. La vue plongeante sur les ponts piscines du navire est également appréciable. Là encore, tout a été remis à neuf, du ponçage de la résine du sol au mobilier de pont. Tout à l'avant, un beau sundeck initialement réservé aux suites est accessible depuis les dernières années à l'ensemble des passagers. Un espace idéal pour assister aux arrivées dans les ports.

 

Le Posh Beach Club (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Les ponts extérieurs ont eux aussi eu droit à un nettoyage en profondeur: travaux d'entretien des piscines et jacuzzis, ponçage des ponts, inspections des installations... Visuellement, pas de grand changement à noter mais l'ensemble est toujours aussi esthétique et parfaitement entretenu. De quoi amuser jeunes et moins jeunes, entre autres avec le fameux Epic Plunge, qui signe la particularité des ponts du Norwegian Epic.

 

Sun deck et le toboggan Epic Plunge (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

L'Epic Plunge

 

Un espace un peu délaissé dans la version initiale du navire était le Maketplace Avenue. Un large couloir reliant le H2O, grand espace ouvert en amphithéâtre sur la poupe, au reste du navire, en particulier le pont piscine et les murs d’escalades qui grimpent le long des cheminées.

Malgré la fait qu’il soit directement desservi par 6 ascenseurs, cet espace n’était pas vraiment mis en valeur, ce qui dénotait un peu à bord. C’est désormais chose faite grace à d’impressionnantes appliques qui ont poussé sur les murs d’acier et qui recouvrent une belle partie du Marketplace. Un kiosque central, proposant des souvenirs a pris place dans cette « avenue ».

 

The Marketplace (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Aux abords du Marketplace Avenue, les anciens gros fauteuils carrés en rotin ont été remplacés par des sofas tressés aux formes plus classiques.

 

 

Enfin, on notera la refonte d'une partie du Splash Academy Kids Club, réservé aux jeunes passagers, laissant plus de place aux jeux en famille, ainsi que l'ajout d'un SplashGolf aquatique, au pied des cheminées.

Sans aucun doute, cette rénovation du Norwegian Epic est aboutie et convient parfaitement aux attentes que NCL s'est fixées dans le cadre de son projet Norwegian Edge. Cet investissement global de 400 millions de dollars, injecté dans la flotte ou l'amélioration de ses îles privées, veut augmenter le niveau de prestation de la compagnie américaine en enrichissant l'expérience de ses passagers.

Si les habitués du Norwegian Epic retrouveront facilement leurs repères, le parti pris ayant été de moderniser l'ensemble sans trancher totalement avec l'existant, les nouveaux passagers ne manqueront pas pour autant d'apprécier cet étonnant navire.

 

Le Splash Academy Kids Club (© MER ET MARINE - KEVIN IZORCE)

 

 

Norwegian Cruise Line NCL