Croisières et Voyages

Rencontre

Pierfrancesco Vago : « Ces navires sont la plus belle vitrine du savoir-faire français »

 

Naissance d’une nouvelle génération de paquebots, confiance renouvelée dans les chantiers nazairiens avec un plan d’investissement sur 10 ans, discussions pour passer la flotte sous pavillon français… Les liens sont de plus en plus étroits entre MSC Cruises et l’Hexagone. Il faut dire que l’histoire de la compagnie de croisière est intimement liée à Saint-Nazaire, où l’intégralité de sa flotte, soit 12 unités actuellement, a été construite.

MSC Cruises est une filiale de Mediterranean Shipping Company. Fondé en 1970 par le capitaine italien Gianluigi, le puissant groupe familial, basé à Genève, est le numéro 2 mondial du transport maritime conteneurisé (500 navires exploités), un opérateur portuaire de premier plan via sa filiale TIL et est aussi présent dans le secteur des ferries (GNV, SNAV…) Dégageant un chiffre d’affaires annuel de plus de 25 milliards de dollars et employant 60.000 collaborateurs à travers le monde, MSC investit massivement depuis le début des années 2000 dans son activité croisière, qui représente aujourd’hui près de 10% de ses revenus.

Deux vagues colossales d’investissement

De 2003 à 2013, le groupe a fait construire à Saint-Nazaire 10 paquebots de 60.000 à 140.000 GT et de 780 à 1750 cabines, auxquels se sont ajoutés deux unités également réalisées sur les bords de Loire (2001 et 2002) et opportunément rachetées après la faillite de Festival Cruises en 2004. L’ensemble a représenté un investissement d’environ 6.5 milliards d’euros. « Nous avons fait avec STX France un travail incroyable au travers d’un partenariat de long terme et d’une coopération qui a permis de générer des milliers d’emplois », rappelle Pierfrancesco Vago. Après avoir fait ses débuts dans la branche cargo du groupe, le président de MSC Cruises, dont Gianluigi Aponte est le beau-père, a conduit tambour battant le développement de la croisière. Parti de presque rien il y a 13 ans, le groupe s’est imposé en une décennie comme l’un des principaux acteurs de cette industrie dont les majors, initialement dubitatifs, prennent désormais cette montée en puissance très au sérieux.

D’autant que la croissance de la jeune compagnie est loin d’être finie puisqu’après une pause dans ses investissements suite à la crise économique de 2008, MSC a décidé en 2014 de lancer un nouveau plan de développement encore plus colossal que le premier. En tout, 9 milliards d’euros pour construire pas moins de 11 paquebots de 154.000 à 200.000 GT et 2090 à 2750 cabines, livrables entre 2017 et 2026.

« Le MSC Meraviglia, que nous venons de mettre à l’eau à Saint-Nazaire, est le premier navire de ce nouveau plan de développement qui va nous permettre de prendre une part non négligeable du marché », rappelle Pierfrancesco Vago. En effet, avec tous les projets lancés ou en passe de l’être, la capacité de la flotte doit passer de 1.7 à 4.2 millions de passagers dans les 10 prochaines années.

« J’ai une partie de moi ici »

Comme à chaque mise à l’eau à laquelle il assiste, le patron de MSC Cruises ne cache pas son émerveillement et sa fierté. « Ce sont des évènements exceptionnels car ces navires sont le fruit d’une aventure humaine et technique incroyable grâce à la mobilisation des équipes de MSC et des chantiers ».

En ce samedi matin, sur la vedette depuis laquelle il suit le transfert du Meraviglia depuis sa forme de construction jusqu’à son bassin d’armement, le patron de MSC Cruises se sent clairement comme chez lui : « Je viens à Saint-Nazaire depuis 2003 et j’ai une partie de moi ici. C’est grâce à Saint-Nazaire que j’ai bâti cette compagnie et, chez MSC, nous avons une relation très particulière avec le chantier et ce pays ».  Attaché à la France, Pierfrancesco Vago l’est assurément. Comme toute la famille Aponte d’ailleurs, Gianluigi en tête, qui fait comme son gendre l’effort – ce qui est très apprécié - de parler français quand il vient sur les bords de Loire, mais aussi son épouse Rafaela. « Madame Aponte », comme on l’appelle respectueusement et affectueusement chez STX France, où elle s’est faite une solide réputation de cliente aussi exigeante qu’éclairée en supervisant, d’une main de maître, et parfois de fer, la décoration de tous les navires depuis le MSC Lirica.

Au fil des ans, des liens très forts se sont donc noués entre Genève et Saint-Nazaire, la famille faisant preuve d’une fidélité constante aux chantiers français. Certes, il y a une exception avec la commande des paquebots de la classe Seaside en Italie, où Fincantieri réalise actuellement les deux premières unités (une autre en option) en vue de les livrer en 2017 et 2018. Mais MSC n’avait pas le choix, ce projet étant concomitant à celui des quatre Meraviglia, STX France n’étant pas en mesure de réaliser les deux classes de paquebots simultanément. Les inquiétudes liées à cette première commande en Italie se sont d’ailleurs rapidement estompées lorsque la compagnie a confirmé, début 2016, la commande à Saint-Nazaire des troisième et quatrième Meraviglia, dans une version agrandie, puis signé une lettre d’intention pour les quatre futurs géants de la classe World, prolongeant ainsi son partenariat historique sur une décennie.

Premier investisseur privé du pays

Avec ses dernières commandes, MSC est devenu le plus gros investisseur privé du pays, rivalisant en termes de commerce extérieur avec les plus grands pays clients de l’industrie tricolore. Ce qui a valu aux dirigeants du groupe la reconnaissance des plus hautes autorités de l’Etat en étant reçus à l’Elysée, en avril dernier, par François Hollande. « MSC a aujourd’hui une place importante dans l’économie régionale mais aussi nationale. Et, au-delà, ces navires que Saint-Nazaire construit sont la plus belle vitrine du savoir-faire français, que nous supportons et que nous faisons rayonner sur tous les océans ».

Dès lors, au moment où MSC Cruises, qui immatriculait sa flotte son pavillon panaméen, a décidé de passer au pavillon maltais, on peut s’interroger sur la possibilité, à l’avenir, de voir le drapeau français flotter à la poupe des bateaux de la compagnie : « Nous avons des discussions en ce sens. Il faudrait faire évoluer un certain nombre de choses pour que nous puissions passer au pavillon français », explique Pierfrancesco Vago, qui semble donc prêt à franchir un jour le pas, si bien sûr les conditions sont réunies pour MSC.

Construction de paquebots : « tout faire pour conserver cette compétence »

Egalement président de CLIA Europe, la branche européenne de l’association internationale des compagnies de croisière, le patron de MSC Cruises estime, enfin, que « la construction de paquebots est un savoir-faire unique des chantiers européens » et que ceux-ci doivent « tout faire pour conserver cette compétence ». A ce titre, Pierfrancesco Vago fait partie de ceux qui voient d’un très mauvais œil les accords de coopération récemment signés entre les chantiers italiens et chinois : « Je pense que c’est une erreur, c’est une décision très risquée et potentiellement dangereuse pour l’avenir de la construction navale européenne », lance-t-il sans détour.  

MSC Cruises STX FRANCE (Chantiers de Saint-Nazaire)