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Rencontre

Rencontre avec Håvard Ulstein, directeur d'Island Offshore

Devant les fenêtres du siège d’Island Offshore, dans la petite ville norvégienne d’Ulsteinvik, l’Island Dawn est à quai. Le ravitailleur de plateformes (PSV) est désarmé comme près d’une cinquantaine d’autres bateaux offshore dans les fjords environnants. Le prix du pétrole est bas, il n’y a plus de missions pour eux. Retour dans les eaux qui les ont, pour la plupart, vus naître. « Les PSV, ce n’est pas un business facile », lâche Håvard Ulstein, qui dirige l’armement créé en 2004, devenu depuis un des leaders mondiaux en matière de service offshore et de travaux subsea. « Ce type de bateau commence à rapporter de l’argent après cinq ans. Ca fonctionnait bien durant ces trois-quatre dernières années, quand le marché de l’offshore était euphorique. Cela a rapporté beaucoup d’argent, à tout le monde ».  Et puis tout s’est écroulé,  le baril de brut s’effondre en quelques jours en octobre 2014. « Qui aurait pu nous le prédire ? Personne ». En six mois, c’est toute l’économie offshore qui vacille, les majors pétrolières renoncent à des projets, limitent leurs investissements, provoquant le chômage technique de la flotte spécialisée.

 

 

L'Island Dawn, désarmé à Ulsteinvik (MER ET MARINE - CAROLINE BRITZ)

 

L'Island Performer (ULSTEIN)

 

Le secteur doit faire preuve de discipline

Un an plus tard, en Norvège, l’heure n’est pas à l’apitoiement. Ce n’est pas le genre de ces patrons discrets qui ont transformé la côte ouest norvégienne, que personne ne situait il y a encore quarante ans, en temple de l’armement, de la construction et de l’équipement offshore. Non, l’heure est au réalisme. « Il y a beaucoup trop de bateaux sur le marché et c’est de notre faute à tous. », constate Håvard Ulstein.  « Le résultat, c’est que maintenant, le segment est  totalement saturé dans un marché déprécié. Il est nécessaire de désarmer des bateaux pour faire remonter les taux d’affrètement. Il sera intéressant de voir combien de temps cela tiendrait avant que l’on réarme et que les prix s’effondrent à nouveau.  Il va falloir de la discipline et je ne sais pas si le secteur pourra le faire ». Plusieurs armements norvégiens ainsi que Bourbon ont déjà annoncé prendre ce type de mesure. Reste à savoir pour combien de temps. « Comme on n’a pas su prévoir cette chute, il est très difficile de savoir quand le prix va remonter. Cela va arriver, c’est sûr, mais je pense qu’on ne devrait pas revoir un baril à 100 dollars de sitôt ».

(ISLAND OFFSHORE)

Garder les compétences sous pavillon norvégien

Chez Island Offshore, qui dispose d’une flotte en propre de 25 navires (16 PSV, 2 AHTS, 4 navires de construction, 3 navires d’entretien de puits, auxquels ils faut ajouter plusieurs navires en JV avec l'américain Edison Chouest) les dégâts sont relativement limités  après une année 2014 record. « Nous avons eu beaucoup de travaux de maintenance sur les FPSO, qui sont des projets à long terme avec un taux d’affrètement  élevé, des bonnes campagnes et surtout une belle activité sur le segment de la stimulation de puits (light well intervention : installation de modules subsea permettant d’augmenter le pourcentage d’exploitation des puits) ».  En 2015, ce sont justement les bateaux spécialisés dans ce type d’opération qui ont permis de réaliser un deuxième et troisième trimestre correct, même si le bilan de l'année s’annonce difficile. « Nous avons désarmé des PSV et des navires de construction. Mais il faut continuer à réflechir et trouver des nouveaux marchés ».  Island Offshore a donc récemment tâté le terrain en Afrique de l’Ouest, en y envoyant plusieurs bateaux sur des missions ponctuelles pour Total. « Nous avons, pour l’occasion, repassé des navires, immatriculés ailleurs, sous pavillon norvégien. Même si la situation n’est pas bonne aujourd’hui, il faut absolument que nous gardions les compétences de nos marins au sein de notre armement ».  Le pragmatisme norvégien, qui sait, même dans la pire tempête, que le capital humain est le plus important dans cette industrie de haute technicité. Et que le conserver compense, sans le moindre doute,  le désagrément financier d’une taxation moins avantageuse.

 

L'Island Venture récemment sorti des chantiers Ulstein, armé par la JV entre Island Offshore et Edison Chouest (ULSTEIN)

 

Conquérir de nouveaux marchés

« Nous avions déjà commencé à nous diversifier, le ralentissement actuel nous incite à le faire encore davantage ». Les très sophistiqués bateaux d’Island Offshore et les compétences de ses marins se sont révélés particulièrement adaptés au marché de l’éolien offshore, notamment pour sa maintenance. Les Island Condor et Diligence ont ainsi été modifiés pour recevoir des passerelles walk-to-work. « Nous voyons se dessiner un nouveau planning d’exploitation pour nos navires : l’été pour l’Oil&Gas et l’hiver pour l’éolien ». Il y a aussi les nouveaux marchés de l’offshore. « La stimulation de puits, bien sûr, mais également le forage léger qui permet d’utiliser un bateau plutôt qu’une plateforme, ou encore la fermeture des puits épuisés, qui s’annonce comme un très gros marché puisque 1000 d’entre eux vont devoir être bouchés prochainement ». C’est dans cet esprit qu’a été conçu le futur fleuron de la flotte, l’Island Navigator, en construction chez Kawasaki au Japon.

 

L'Island Navigator (ROLLS-ROYCE)

 

Choisir l’optimisme

« La situation est difficile, c’est sûr. Mais cela doit nous servir de leçon, nous aider à être créatif, à procéder aux ajustements nécessaires, à établir des relations constructives et à long terme avec nos clients pour ne pas reproduire certaines des erreurs passées. J’ai l’impression qu’il y a actuellement une compétition dans la négativité sur l’état du marché. Et je m’interroge, qui peut avoir intérêt dans un tel catastrophisme ? Peut-être des vautours qui tournent autour des compagnies en attendant de pouvoir récupérer leurs actifs? » Håvard Ulstein, lui, a préféré l’optimisme. Et les résultats sont déjà là.

 

 

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