Construction Navale

Reportage

Saint-Nazaire : Le superbe départ de l’Harmony of the Seas

Des dizaines de milliers de curieux massés dans l’estuaire de la Loire, des hélicoptères tournoyant autour d’un géant escorté par une multitude de bateaux, une météo parfaite… Depuis 150 ans que la navale existe à Saint-Nazaire, les départs des navires, et plus particulièrement ceux des paquebots, sont une incontournable tradition. Surtout quand les chantiers battent un nouveau record. Hier, les adieux de l’Harmony of the Seas n’ont pas dérogé à la règle et s’inscriront sans doute parmi les plus marquants. Cinquante-cinq ans après le France, presque trente après le Sovereign of the Seas et plus de treize après le Queen Mary 2, le nouveau détenteur du titre de plus grand paquebot du monde a quitté le berceau qui l’a vu naître pour voguer vers Southampton et ses premières croisières.

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Livré trois jours plus tôt à la compagnie américaine Royal Caribbean International, qui l’avait commandé en décembre 2012 à STX France, le mastodonte de 362 mètres de long, 227.700 GT de jauge et 2747 cabines avait regarni ses soutes dans la nuit. Le petit pétrolier Stolt Puffin, chargé de cette besogne, s’était glissé dans le gigantesque bassin C, où le paquebot était amarré. Il fut le premier à en sortir à midi, laissant la voie libre à l’Harmony of the Seas.

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

70.000 personnes et la fierté de toute une région

Quelques heures plus tôt, la foule avait commencé à converger vers le port, le pont de Saint-Nazaire, ainsi que les plages, jusqu’à Pornichet et de l’autre côté de l’estuaire, à Saint-Brévin. On annonçait 40.000 personnes avant l’évènement, il y en a eu 70.000 selon la mairie de Saint-Nazaire, la météo et le long week-end de la Pentecôte contribuant sans doute à l’affluence. Des spectateurs venus bien sûr de la région pour admirer le dernier fleuron des chantiers et le fruit du travail accompli. Le « A34 », comme on l’appelle ici, ce fut en effet trois ans d’un incroyable travail pour des milliers de salariés de STX France et de ses sous-traitants. Ingénieurs, techniciens, ouvriers… Des mécaniciens aux architectes en passant par les soudeurs, les charpentiers, les tuyauteurs, les électriciens, les peintres, les maçons, les carreleurs, les décorateurs ou encore la logistique, ce bateau, qui symbolise la renaissance de la navale, fut une œuvre commune colossale, tant une aventure humain qu’une prouesse technique. Un défi que très peu d’entreprises dans le monde sont capables de relever et qui peut, à juste titre, rendre ses artisans très fiers de leur « bébé ».

Au-delà des « locaux », on est aussi venu de loin pour assister au départ de l’Harmony of the Seas, comme en témoignaient des immatriculations très variées, y compris étrangères.

 

(© : BERNARD BIGER - STX FRANCE) 

 

Une parade nautique exceptionnelle

La surprise est toutefois venue de la mer, avec la concentration à la mi-journée, devant Saint-Nazaire, d’une impressionnante armada telle que l’on en voit rarement. Aux-côtés des moyens de la gendarmerie maritime, responsable de la sécurité du plan d’eau, des remorqueurs de Boluda France, de la Couronnée IV et des pilotines de la station de la Loire, ainsi que des vedettes de la SNSM, il y avait là des bateaux de plaisance, voiliers, pneumatiques et même des pêcheurs et jet-skis, arrivés en nombre des ports environnants pour participer à la fête. Selon des journaux locaux, quelques 400 embarcations seraient venues pour accompagner l’Harmony of the Seas dans sa sortie de l’estuaire. Un défilé nautique exceptionnel et même probablement unique, qui a fait du départ du paquebot un superbe spectacle, tant depuis la côte qu’en mer et dans les airs.

 

(© : BERNARD BIGER - STX FRANCE) 

 

Les pilotes de la Loire à la manoeuvre

C’est à 13 heures, comme prévu, que le navire a débuté sa sortie du bassin C pour éviter dans l’embouchure du fleuve et pointer son étrave vers la haute mer. L’opération, désormais rôdée après deux séries d’essais en mer en mars et avril, sans compter la mise à l’eau et le transfert de la forme de construction au bassin C en juin 2015, a été parfaitement gérée par les pilotes de la Loire. Des marins qui se sont préparés aux manœuvres de ce paquebot hors normes pendant deux ans, notamment sur le simulateur de Nantes mais aussi en collaborant avec leurs collègues de Marseille, où faisait escale chaque semaine, l’été dernier, l’Allure of the Seas, l’un des deux aînés du A34.

 

Laurent Herpin, Yannick David et Martin Claeyssens (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

Un spectacle magique

Le pilote major Laurent Herpin, assisté de Yannick David et Martin Claeyssens, a assuré la sortie du géant. Celui-ci s’est appuyé sur sa puissante propulsion (deux pods et quatre propulseurs d’étrave), capable de le maintenir en position jusqu’à 40 nœuds de vent de travers, pour s’extraire du bassin C par ses propres moyens. Seuls deux remorqueurs, un à l’avant, l’autre à l’arrière, étaient crochés au paquebot par mesure de sécurité, deux autres étant présents en renfort pour parer à toute éventualité. La sortie du bassin et le quart de tour effectué, les remorques ont été rapidement lâchées. Le convoi, rejoint par la nuée des petites embarcations, striant l’estuaire de multiples sillages, telle une grande haie d’honneur, a défilé le long du port et de la côte.

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

 

Vue du pont de Saint-Nazaire (© : DR) 

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU) 

 

 

(© : BERNARD BIGER - STX FRANCE) 

(© : VILLE DE SAINT-NAZAIRE - IMAGINE-AIR - LIVEPROD) 

(© : VILLE DE SAINT-NAZAIRE - IMAGINE-AIR - LIVEPROD) 

 

Un moment magnifique, d’aucuns diront même magique, agrémenté des traditionnels jets d’eau et cornes de brume, alors que l’équipage, présent en nombre sur les ponts extérieurs, répondait aux saluts de la foule. Puis, même si les plaisanciers ont tenu la distance, y compris quelques frêles coques de noix qui ont accompagné assez loin le paquebot, l’escorte s’est progressivement clairsemée à mesure que le paquebot gagnait le large pour finalement disparaitre à l’horizon.

Un départ qui laisse un grand vide… de courte durée

Après avoir déposé les pilotes à une douzaine de milles de la côte, là où stationne habituellement la Couronnée IV, l’Harmony of the Seas s’en est allé, laissant à Saint-Nazaire un grand vide là où l’on avait pris l’habitude de voir son imposante silhouette.

Une impression qui sera néanmoins de courte durée puisque dès cet été, le premier des quatre nouveaux paquebots de MSC Cruises, le Meraviglia, sera mis à l’eau en vue d’une livraison en mai 2017. Lui succèdera alors le B34, sistership du A34, qui prendra la mer en 2018. 

 

(© : BERNARD BIGER - STX FRANCE) 

 

STX FRANCE (Chantiers de Saint-Nazaire) Royal Caribbean