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Un chalutier équipé pour valoriser les déchets de poissons à bord

Une première solution technique pour réduire les rejets à la mer à bord des bateaux de pêche ? Le Molnes, chalutier de l’armement norvégien Nordic Wildfish, pourrait bien être le pionnier de cette nouvelle ère de la pêche. Le navire de 60 mètres est sorti des chantiers de Brattvag en 1998. Depuis, il pêche le poisson blanc en mer du Nord. Il vient de subir une importante transformation chez Vard Soviknes. Sa configuration « traditionnelle » a laissé place à une installation originale permettant le retraitement des déchets de poissons (ce qui reste une fois les filets prélevés) directement à bord du navire.

Les viscères, abats, arêtes et faux poissons sont habituellement jetés par-dessus bord pour ne pas remplir les cales à la place des espèces et produits commercialisables. Pour la seule flotte norvégienne, Sintef - une des plus grandes organisations scientifiques du royaume -, estime à 340.000 tonnes la quantité de déchets de poisson blanc jetés chaque année par-dessus bord. Parallèlement, les chercheurs norvégiens ont mis en évidence que ces restes de poissons pouvaient être une source majeure de protéines de très bonne qualité, à l’heure où les besoins au niveau planétaire sont particulièrement importants.

L'hydrolyse enzymatique pour séparer les protéines

C’est un peu par hasard que Tore Roaldnes, directeur de Nordic Wildfish et Oddvar Bjorge, responsable de Firmenich Bjørge Biomarin (filiale norvégienne du géant suisse Firmenich spécialisé dans les arômes alimentaires), évoquent ce sujet en 2012. Les deux hommes imaginent la combinaison de leurs savoir-faire pour trouver une solution permettant de valoriser les déchets de poissons en mer. Pour cela, ils ont pensé au processus d’hydrolyse enzymatique qui permet de séparer, délicatement, les huiles, protéines et acides aminés présents dans les chairs. 

Grâce à une subvention du fonds public Innovasjon Norge et une aide des banques locales, Tore Roaldnes décide de tenter l’aventure. Le processus, mené avec la société d’ingénierie Skala et les chantiers Vard, a été long. Il a fallu adapter un système d’extraction normalement réservé à la viande à une nouvelle matière et un local aux dimensions contraintes. Au bout de trois ans d’études, une nouvelle chaîne de traitement du poisson est imaginée avec stockage de poissons vivants, puis une anesthésie électrique, un étripage « traditionnel », un filetage, suivi d’une congélation. Les restes sont quant à eux placés dans un liquide où sont injectées des enzymes qui permettent l’hydrolyse et donc l’extraction de l’huile, des protéines et des acides aminés. Les arêtes ne sont pas encore valorisables mais les scientifiques norvégiens planchent sur une possibilité d’en extraire du calcium qu’ils estiment d’excellente qualité.

Le Molnes a travaillé une bonne partie de l’été en mer du Nord et pêche désormais en mer de Barents. Les premiers résultats sont très bons, au point que l’armateur envisage le même équipement pour sa prochaine unité neuve. Il estime que cette nouvelle configuration lui permettra de travailler de manière rentable toute l’année.

 

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